Les Mères de Tiananmen rejettent les offres de compensation individuelles

Par Mu Qing  /  le 07-06-2011
 
 Des véhicules de police montent la garde sur la place Tiananmen le 4 juin 2011, jour du massacre en 1989. L'anniversaire sensible arrive au moment où Pékin mène une campagne de répression soutenue contre les dissidents. (Frederic J. Brown/AFP/Getty Images)
Le silence ne s'achète pas, la dignité et le respect ne sont pas à vendre, disent-elles.
Des responsables du Parti communiste chinois (PCC) ont approché des membres individuels de l'organisation les Mères de Tiananmen, offrant de compenser les proches de ceux qui ont été tués dans le massacre de la place Tiananmen. Les Mères ont décliné l'offre et ont plutôt demandé aux responsables l'ouverture d'un dialogue transparent.
Le 4 juin dernier a marqué le 22e anniversaire du massacre de la place Tiananmen, lorsque le dirigeant chinois de l'époque – Deng Xiaoping – avait ordonné à l'armée de réprimer le mouvement démocratique, causant la mort de milliers de personnes.
À l'occasion du 22e anniversaire, les Mères de Tiananmen ont publié une lettre ouverte qui a été diffusée par l'ONG Human Rights in China (HRIC).
«Au cours des 16 dernières années, les Mères de Tiananmen ont demandé à de multiples reprises au gouvernement d'ouvrir un dialogue, mais les autorités sont restées indifférentes. Cette année, le silence a finalement été rompu. Ceci aurait dû être un pas en avant. Mais, en fait, que signifie cette réponse tardive? Si les autorités souhaitent simplement régler l'affaire du 4 juin avec de l'argent et le faire en dessous de la table, alors quel sera le résultat?», demande la lettre.
Une des Mères de Tiananmen, Zhang Xianling, a déclaré à la BBC le 31 mai : «Si le gouvernement était vraiment sincère, il n'aurait pas contacté seulement des individus mais le groupe en entier. Les Mères de Tiananmen demandent au gouvernement de discuter avec le groupe, ouvertement.»
Ding Zilin, une porte-parole du groupe, a indiqué le 31 mai à RFI : «Le Bureau de la sécurité publique de Pékin a rendu visite à certaines des familles des victimes au mois de février pour avoir des échanges privés. Ils sont venus le 20 février, le 3 avril et autour du 20 mai. Les visiteurs ont dit qu'ils voulaient avoir des échanges privés avec les familles des victimes à un niveau personnel afin de discuter comment régler la question de Tiananmen.»
Des membres des Mères de Tiananmen sont sous surveillance et sont victimes de différentes formes de harcèlement provenant du Bureau de la sécurité publique depuis plusieurs années. Elles se plaignent maintenant que ceux qui les surveillent sont les mêmes qui ont été envoyés pour négocier avec elles les compensations.
Mme Ding a affirmé à VOA le 31 mai : «Ces gens envoyés par le gouvernement pour dialoguer sont les mêmes qui surveillent les victimes. En soi, il s'agit d'une injustice.»
Les Mères estiment que seule une compensation ne suffit pas. La lettre indique : «En 1995, nous avons commencé à demander trois choses pour régler la question du 4 juin : vérité, compensation et responsabilité.» 
Un responsable a répondu à Mme Ding qu'il est difficile de discuter du 4 juin. «Un des responsables a dit : “C'est difficile de discuter de la vérité. Ça fait tellement longtemps. C'était un gâchis à cette époque. Il est difficile d'enquêter parce que certaines personnes sont mortes et d'autres sont vivantes», a expliqué Mme Ding à RFI. 
«Bien entendu “ceux qui sont vivants” pourraient seulement se référer à l'ex-premier ministre Li Peng, j'imagine!» Il a ensuite demandé à un proche de la victime : «Alors, combien veux-tu?»
Li Peng était premier ministre en 1989 et il a déclaré la loi martiale le 20 mai, ouvrant la voie au massacre du 4 juin.
Reconnaissant la difficulté de discuter ce qui s'est vraiment passé le 4 juin, les Mères de Tiananmen ont changé leurs revendications en 2006, mettant de côté pour l'instant la demande que la vérité soit discutée.
À cette époque, les Mères ont ajouté une revendication au sujet des «droits et intérêts fondamentaux des victimes».
Ceux-ci comprennent : «Retirer toute la surveillance et les restrictions individuelles imposées aux victimes du 4 juin et à leurs familles; permettre aux familles des défunts de pleurer leurs êtres chers sans interférence des autorités; et que le gouvernement fournisse une aide humanitaire aux victimes en détresse.»
La lettre indique que le principe derrière ces revendications est que «les âmes de ceux qui ont été tués le 4 juin ne soient pas profanées; que leurs familles ne soient pas déshonorées. Ainsi nous réitérons aujourd'hui : tout peut faire l'objet de discussion, excepté ces deux choses».
La lettre évoque également la crainte du PCC face aux révolutions du jasmin qui ébranlent le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. Elle conclut en disant : «La situation depuis février de cette année est la pire depuis le 4 juin. C'est la période la plus dure depuis le 4 juin 1989. Le silence règne dans tout le pays. À notre surprise, c'est dans ce sombre contexte que les agences de sécurité publique ont initié des conversations privées avec certaines des familles des victimes du 4 juin. Comment cela pourrait-il ne pas être étrange?»