Li Dongsheng, ancien chef de la police secrète chinoise condamné à 15 ans de prison

Matthew Robertson / 24.01.2016

Li Dongsheng, un puissant responsable du Parti communiste, ancien dirigeant des forces de la police secrète chinoise, et ancien vice-ministre de la sécurité publique, a été condamné à quinze ans de prison ce 12 janvier 2016. Cette information a été diffusée par CCTV (China Central Television, organe de presse officielle du régime chinois) et d’autres médias officiels.

Officiellement, Li Dongsheng a été condamné pour son implication dans une vaste histoire de corruption entre 1996 et 2013 au cours de mandats à différents postes. Il avait été démis de ses fonctions fin 2013 et officiellement mis en examen par les autorités disciplinaires du Parti, devenant de ce fait le premier cadre de haut niveau encore en service dans l’appareil de sécurité à être pris dans les filets de la campagne de lutte contre la corruption menée par Xi Jinping.

La sanction a été prononcée par un tribunal de Tianjin, une ville côtière du nord-est de la Chine.

Dans sa décision, le tribunal a énuméré les crimes dont Li Dongsheng est accusé, allant de l’extorsion de fonds aux pots de vin illégaux, en passant par la vente de fonctions au sein de l’État contre de l’argent et autres faits de corruption. Le tribunal estime que Li Dongsheng aurait bénéficié en tout de près de 22 millions de yuans (plus de trois millions d’euros) en pots-de-vin.

Toutefois, ces accusations masquent le caractère politique de la condamnation prononcée contre Li Dongsheng. En effet, Li Dongsheng était depuis des années un proche de Zhou Yongkang, patron déchu de la sécurité chinoise, et un pilier de la faction politique dont Zhou Yongkang était membre. En tant que directeur du Bureau 610, une agence extra-judiciaire mise en place par le Parti communiste chinois pour appliquer la persécution de la pratique spirituelle du Falun Gong. Li Dongsheng était ainsi un élément central du réseau politique de Jiang Zemin, ancien dirigeant du Parti communiste chinois. En 1999, Jiang Zemin avait déclenché la persécution du Falun Gong dans l’espoir de renforcer son pouvoir au sein du Parti.

Pressentant l’occasion d’une promotion politique, Li Dongsheng a utilisé ses entrées à la China Central Television pour diriger une émission sur une fausse investigation journaliste visant à diffamer le Falun Gong et ses pratiquants et susciter un sentiment de haine à leur encontre, justifiant la répression violente menée par ses collègues de l’appareil de sécurité.

Engagé en 1978, Li Dongsheng a passé plus de vingt ans dans les bureaux de CCTV. De simple caméraman, il a gravi les échelons jusqu’au poste de directeur adjoint de la chaîne. Entretemps, il a occupé des postes clé dans les programmes d’actualité, dont l’influent « Focus Talk », un outil crucial de la propagande anti-Falun Gong dans les premières années de la campagne de répression contre la pratique.

Selon la WOIPFG (Organisation mondiale d’investigation sur la persécution du Falun Gong), une organisation installée à l’étranger disposant de sources d’informations directes en Chine, « Focus Talk » a produit 39 programmes anti-Falun Gong dans les cinq mois suivant le début de la persécution en juillet 1999. À cette époque déjà, Li Dongsheng exerçait la fonction de directeur adjoint du Bureau 610 pour lequel il était responsable des services de propagande. À l’époque, ce titre avait été mentionné dans les médias, sans être officiel.

L’une des initiatives les plus marquantes de Li Dongsheng dans la direction de la propagande a eu lieu début 2001, après que cinq personnes, désignées par CCTV comme étant des pratiquants de Falun Gong, s’étaient immolées sur la place Tiananmen à Pékin. En quelques heures, CCTV avait réussi à monter des reportages détaillés visant à démontrer comment ces individus s’étaient immolés à cause de leurs croyances dans le Falun Gong (alors que cette méthode spirituelle interdit l’auto-mutilation et le suicide).

Jusque-là, la propagande maladroitement menée par le Parti contre le Falun Gong avait peu convaincu le grand public – mais les images des immolations ont changé la donne. Malgré le manque visible d’éléments pour prouver que ces personnes étaient réellement des pratiquants de Falun Gong et des signes indéniables que cet incident était une mise en scène morbide, CCTV a décuplé ses efforts de propagande pour inciter à la haine contre la pratique.

« Les images des immolations étaient diffusées plusieurs fois par jour », s’est rappelé Jim Li, alors étudiant à l’université en Chine et vivant maintenant aux États-Unis et pratiquant le Falun Gong. « C’était déconcertant. Les téléspectateurs étaient confrontés à ces images choquantes et des commentaires très durs. Ils étaient continuellement bombardés. »

Lorsque les immolations ont eu lieu, Jennifer Zeng, membre du Parti communiste et chercheuse pour le Conseil d’État, était détenue dans un camp de travail en raison de ses convictions spirituelles.

« Après ma sortie du camp de travail, quelques mois après les immolations », avait-elle confié dans une interview avec Epoch Times, « j’ai trouvé qu’il y avait un changement profond dans l’attitude des gens envers le Falun Gong. » « À cette époque, je pense que la majorité des gens avait été trompés par les reportages. »

Ces dernières années, cette attitude a diamétralement changé. Aujourd’hui, dans toute la Chine, des pétitions de soutien pour les pratiquants de Falun Gong circulent et de nombreux responsables de la sécurité de certaines localités refusent d’appliquer la persécution. Les immolations de la place Tiananmen sont considérées par les médias et les observateurs occidentaux comme une manœuvre évidente de propagande.

Plus tard, dans les années 2000, Li Dongsheng a occupé divers postes au sein du département de propagande. En 2009, il était nommé directeur adjoint de la sécurité publique et directeur du Bureau 610 – une promotion significative pour une personne n’ayant pas d’expérience directe des services de sécurité.

Depuis son arrivée au pouvoir fin 2012, Xi Jinping a, dans sa campagne politique sans précédent pour redresser le Parti et éliminer la corruption, purgé sans relâche le groupe de hauts responsables fidèles à Jiang Zemin.