33 ans dans les geôles chinoises

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Témoignage de Palden Gyatso devant le Congrès des Etats-Unis / 4.04.1995

J'ai passé 33 ans de mes 64 ans de vie dans les camps du laogaï au Tibet. Durant ces années j'ai ardemment désiré un moment comme celui-ci. Je considére que c'est un honneur et aussi une responsabilité d'informer le congrès des Etats Unis des mauvais traitements que moi et d'autres Tibétains avons souffert dans le laogaï aux mains du gouvernement Chinois.

Mon nom est Palden Gyatso. Je suis devenu moine lorsque j'avais 10 ans. A 28 ans en 1959, en pleine invasion militaire chinoise du Tibet, j'ai été arrêté et accusé d'être un " élément réactionnaire " et condamné à 7 ans d'emprisonnement dans la prison du District de Panam au Sud du Tibet.

En prison, j'ai été forcé à de durs travaux, d'habitude 9 heures par jour et quelquefois même plus. Nous les prisonniers, nous étions attelés à des charrues comme des animaux pour labourer les terres de la prison. Quand nous nous épuisions et que devenions trop faibles pour tirer la charrue, nous étions frappés et fouettés par derrière. Comme on ne nous donnait jamais suffisamment à manger, nous étions forcés de voler de la nourriture destinée aux porcs dans les porcheries chinoises. Nous en arrivions même à mâcher et à manger des choses comme des morceaux de cuir usagé, des os de différentes sortes de cadavres d'animaux, de souris, des vers et toutes sortes d'herbes.

Les multiples formes de mauvais traitements dans cette position incluaient par exemple d'être sanglé avec une ceinture de cuir et battu avec un aiguillon électrique pour le bétail ou une barre de fer. Nos pieds étaient aussi ferrés par des chaînes pendant que des menottes et des "pouce-menottes" auto-ajustables étaient utilisées pour attacher nos mains et nos pouces. Les bords aiguisés de ces menottes finissaient souvent par couper complétement les mains des prisonniers... A un moment donné ces lourds fers pour les jambes ne m'ont pas été enlevés pendant plus de deux ans durant lesquels on m'a appris à tisser des tapis et ensuite forcé à en faire.

Monsieur le Président, j'ai complété ma peine dans le laogaï en 1975 mais on ne m'a pas autorisé à rentrer chez moi. On m'a plutôt envoyé au camp du laogaï de Nyethang. En 1977, j'en ai profité pour me glisser hors du camp " jiuye" au milieu de la nuit pour aller à Lhassa où j'ai mis quelques posters faisant un appel à l'indépendance du Tibet. J'ai finalement été pris et le 26 août 1983 on m'a à nouveau arrêté et envoyé à la vieille prison Sangyp au nord-est de Lhassa. En avril 1984, j'ai été condamné à 9 ans de prison dans un procès qui a duré une heure où on m'a refusé toute représentation légale et la possibilité de me défendre.

Les autres formes de mauvais traitements au laogaï étaient violentes. Par exemple, en novembre 1987, un fonctionnaire de la prison m'a piqué avec un aiguillon électrique pour le bétail et a versé sur moi de l'eau bouillante seulement parce qu'il disait qu'il n'aimait pas mon attitude. On ne m'a donné aucun traitement médical aprés cela.

En novembre 1987, cinq prosonniers du district de Guojo dans l'Est du Tibet, emprisonnés à la prison Gutsa à Lhassa, ont été condamnés et deux d'entre eux condamnés à être exécutés. Le jour de l'annonce des condamnations, on a obligé tous les prisonniers de la prison Gutsa, près de Sangyp, à assister à un spectacle. La police chinoise a dit aux deux prisonniers qui étaient condamnés à mort que puisqu'ils devaient être exécutés dans deux jours, ils devraient chanter fort et danser devant la foule des autres prisonniers. On les a forcés à se soumettre à cet ordre avec leurs chaînes de fer aux pieds et aux mains. Beaucoup de prisonniers spontanément se sont mis à pleurer et même les fonctionnaires Tibétains paraissaient attristés par le spectacle.

Lors d'un autre incident, à peu près au même moment, les gardes policiers à la prison Gutsa ont plusieurs fois violé les nonnes, prisonnières politiques, puis les ont sexuellement violentées avec des aiguillons électriques pour bétail. Avant de jeter l'aiguillon pour bétail dans l'organe de l'une, le tortionnaire a dit : "tu n'as jamais fait cette expérience".

Monsieur le Président, on m'a transféré de la prison Outidu à la Prison Drapchi toute proche, connue comme prison numéro 1 de la "Région Autonome du Tibet", le 13 octobre 1990. A mon arrivée, immédiatement, l'administrateur en chef de la cinquième unité de la prison, un homme nommé Paljor m'a demandé : "je vois qu'on vous a emprisonné trois fois. Qu'est-ce qui vous amène ici cette fois-ci", j'ai répondu : "on m'a arrêté parce que je mettais des affiches disant que le Tibet est un pays indépendant, séparé de la Chine. Il a repondu : "je vais vous en donner, moi, de l'indépendance tibétaine". Il a alors commencé à me donner plusieurs coups vicieux tout en me piquant de temps à autre avec l'aiguillon électrique pour le bétail en plusieurs endroits de mon corps. Finalement, aprés environ une demi-heure, il a enfoncé l'aiguillon électrique dans ma bouche et il l'a poussé avec force. Je me suis évanouï. Quand j'ai repris connaissance, je me suis retrouvé dans un bain de sang et d'excréments, et dans une souffrance extrême. On ne m'a donné aucun traitement médical. J'ai perdu la plupart de mes dents.

En avril 1991, l'Ambassadeur James Lilley, alors Ambassadeur en Chine est venu visiter la prison Drapchi. Quelques-uns de mes compagnons et moi, nous lui avons présenté une pétition expliquant en détail les tortures et les souffrances à la prison. Mais on nous l'a arrachée des mains et on l'a donnée au chef de l'administration carcérale. Un peu plus tard, ce même jour l'armée a été convoquée et nous, tous les prisonniers politiques, nous avons été battus avec le canon des fusils et piqués avec des baïonettes. Les bâtons et les aiguillons électriques utilisés pour nous battre étaient presque tous cassés par la violence des coups.

Le 25 août 1992, j'ai fini ma peine et j'ai finalement été libéré de prison. Treize jours après, je fuyais le Tibet. Avant de m'enfuir, j'ai fait en sorte de me procurer les instruments de torture afin de les montrer au monde extérieur. J'en ai apporté quelques-uns pour vous les montrer. L'un est une sorte d'aiguillon électrique pour bétail semblable à celui qui a été enfoncé dans ma bouche et aussi dans l'organe sexuel des nonnes prisonnières politiques. Celui-ci est une sorte de "pouce-menottes" utilisée pour attacher les détenus en diagonale par derriére par le pouce et voici une paire de menottes auto-ajustables. Voilà quelques-uns des instruments de torture utilisés dans le laogaï du Tibet.

Je vous suis extrêmement reconnaissant, Monsieur le Président et vous tous membres du comité ainsi que le reste de l'audience, d'avoir écouté cette brève description de ma vie dans le laogaï au Tibet. Je ne suis qu'un des rares heureux survivant qui a réussi à s'échapper vers le monde extérieur. De nombreux amis et des prisonniers politiques sont morts dans le laogaï au Tibet. C'est aussi pour eux qu'il faut dire l'histoire de leur muette souffrance.

 
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