L'exposition des cadavres chinois à Lyon

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Hermeneute.com / 13.06.2008

Une pétition circule sur le web pour demander la suspension de l'exposition "Our Body" qui exhibe à la Sucrière de Lyon des cadavres, dont l'origine et les circonstances de décès sont très suspectes.

À la Sucrière, à Lyon, une exposition qui vient de s’ouvrir est présentée de la manière suivante :

Pour la première fois en France, l’exposition anatomique de vrais corps humains : « OUR BODY / A CORPS OUVERT est une exposition fascinante, à la fois artistique et éducative qui montre de véritables corps et organes humains. Destinée à tous, cette exposition va littéralement « sous la peau », et révèle les mystères de l’anatomie de l’homme. Plutôt que d’utiliser des modèles anatomiques, OUR BODY / A CORPS OUVERT utilise de véritables corps humains. » Gratuit pour les moins de 3 ans. Prix découverte de 10,70 à 17,70 euros.

QUELS CORPS SONT EXPOSES A LYON ?

L’exposition Our body est constituée de 27 cadavres plastifiés et d’une centaine d’organes. Après une tournée dans plusieurs pays, elle a connu un grand succès au Science Center d’Orlando (les voyagistes vendent des billets combinés avec Disneyland).

Les dépouilles exposées sont celles d’asiatiques. Le caractère colonial de l’exposition devrait n’échapper à personne : il s’agit d’un zoo humain cadavérique ; une visiteuse lyonnaise a d’ailleurs déclaré : « Si c’était des cadavres de Français exposés, même consentants, il y aurait une grande polémique » (Anne Blachère, 23 ans, sur Europe 1)

Les corps exposés sont plastifiés selon la méthode d’un anatomiste allemand, Gunther von Hagens, dont l’entreprise vend dans le monde entier de tels spécimens humains. Fournis par une obscure fondation de Hongkong (Le Monde, 29 mai 2008), leur provenance reste toutefois indéterminée : on sait simplement qu’ils viennent de République Populaire de Chine.

Les organisateurs de l’exposition américaine ont mentionné la Dalian Medical University, qui a démenti ; Hagens y a été visiting professor en 1996. La société de Hagens a un siège à Dalian qui emploie 250 personnes (selon son site officiel). Dalian est situé entre trois camps de travail forcé.

Le fait qu’il s’agisse de dépouilles d’hommes dans la force de l’âge suscite d’autant plus d’interrogations sur la cause des décès que Hagens a admis que certains des corps qu’il avait exposés en Allemagne avaient une balle dans la tête.

On dispose de nombreux témoignages sur le trafic d’organes de détenus chinois. Des corps de détenus du Falungong ont été rendus à leur famille partiellement voire complètement éviscérés (cas de Ren Pengwu, 33 ans, arrêté le 16 février 2001, mort sans motif officiel cinq jours après). Un trafic de corps est d’autant moins exclu qu’en janvier 2007, Hagens a reconnu que des corps de condamnés chinois avaient pu lui avoir été fournis, sans qu’il s’en rende compte…

Dans le passé, des détenus ont déjà servi de matériau anatomique : c’était le cas à Ravensbrück dans le service de Mengele, comme en France au Struthof, où le médecin venait choisir ses pièces sur pied pour les collections de l’Université de Strasbourg. Hagens peut d’autant moins ignorer cela que son représentant commercial en Pologne est son propre père, Gerhard Liebchen, un ancien gradé SS (Der Spiegel, 28.02.2005).

Les expositions de Hagens ont déjà été vues par 25 millions de personnes à travers le monde ; elles en disent plus sur la mort-spectacle que sur l’anatomie. La science sert ici d’alibi : l’organisateur lyonnais, Pascal Bernardin, connu comme producteur de concerts rock, se présente comme un « homme de spectacle ».

Il nie au demeurant tout lien avec Hagens, bien que son procédé soit breveté. Un consultant scientifique de l’exposition, Walter I. Hofman, déclare n’avoir relevé « aucune trace de torture ». Un autre, Hervé Laurent, déclare : « Il n’y a aucun problème éthique ». Ces dénégations multiples ne font qu’ajouter aux doutes sur ce lucratif trafic de cadavres spectacularisés

On se demande comment ces corps anonymes ont pu parvenir en territoire français, et y circuler alors même que le déplacement de toute dépouille mortelle est bien entendu soumis à restrictions.

L’exposition a été refusée par le Musée de l’homme et la Cité des sciences de la Villette ; elle a fait l’objet d’un avis défavorable du Comité consultatif national d’éthique (CCNE). Aucun de ces organismes n’a cependant publié ses motifs, peut-être pour des raisons qui intéressent la Chine.

Nulle indication n’est donnée sur l’identité des personnes exposées, sur leur avis de décès, ni aucun document attestant qu’elles aient légué leur corps à la science ou que leur famille approuve leur exhibition. Cela semble contraire au code de Nuremberg de 1947, ainsi qu’aux lois françaises des 29 juillet 94 et 4 mars 2002.

 
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