Les officiels chinois ont supprimé l'annonce du séisme du Sichuan

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Caylan Ford / 14.05.2008

Alors que le bilan des morts continue d’augmenter après le séisme de magnitude 7,9 qui a touché la région de Sichuan lundi dernier, des preuves ont montré que les officiels chinois auraient été prévenus de la secousse quelques jours avant, et qu’ils auraient cependant supprimé cette nouvelle.

Le tremblement de terre en Chine, le plus meurtrier depuis 30 ans, a frappé dans l’après-midi du 12 mai dans le district de Wenchuan, de la province Sichuan, et l’onde aurait été ressentie jusqu’au Vietnam et Pékin.

Alors que mardi, le bilan officiel faisait état de plus de 12 000 morts et de plus de 18 000 personnes disparues, la plupart d’entre eux était enseveli sous les décombres des immeubles et des écoles qui s’étaient effondrés dans la secousse. [Le dernier bilan officiel, jeudi 15 mai, annonçait plus de 50 000 morts].

Le 7 mai, soit cinq jours avant le séisme meurtrier, un sismologue de la ville de Wuhan a publié une information sur internet, prévoyant l’arrivée du séisme le 12 mai.

« Selon les informations que je détiens et après échanges entre mes collègues étrangers et moi-même, j’annonce la prévision d’un tremblement de terre en Chine le 12 mai 2008. Toute la Chine devrait ressentir l’onde sismique mais le lieu de la secousse sera approximativement entre [les provinces] Sichuan et Hubei », disait l’annonce.

L’homme est allé jusqu’à indiquer que ses prévisions ne pouvaient pas être annoncées publiquement car elles pouvaient provoquer la panique.

Avant même que cet avertissement soit publié, des rumeurs se propageaient dans la province de Sichuan d’un éventuel tremblement de terre. Les résidents du Sichuan ont apparemment appelé la permanence locale du Bureau de prévention des séismes et de réduction des catastrophes naturelles – une délégation du Bureau de sismologie provincial – pour vérifier si ces rumeurs étaient fondées.

Le Bureau a nié la possibilité d’un séisme et le 9 mai une annonce était publié sur le site du gouvernement local faisant taire les rumeurs de tremblements de terre. Il était écrit :

Le 3 mai le Bureau de prévention des séismes et de réduction des catastrophes naturelles d’Ahazhou a reçu des appels pour se renseigner sur un éventuel tremblement de terre dans la ville de Suomo et dans le district de Maerkong (province de Sichuan) et pour savoir si les officiels des villages devaient faire évacuer les habitants.

Après avoir reçu ces appels, le Bureau d’Ahazhou a immédiatement demandé au Bureau de Maerkong d’investiguer sur la source de cette rumeur, afin de la dissiper, mais aussi de faire part largement de la situation présente et d’empêcher cette rumeur de se propager davantage.

Trois jours plus tard, après la secousse sismique, l’annonce a été supprimée. Une capture d’écran de cette annonce a toutefois été prise et diffusée par La Grande Époque.

Des citoyens chinois ont commencé à spéculer ouvertement sur le régime qui aurait délibérément supprimé l’annonce du séisme en dépit de toute preuve.

« Même lorsqu’il y avait déjà des signes annonciateurs du séisme, le Bureau de sismologie de Sichuan a continué de les nier et a manqué dans son devoir d’information, en totale négligence des vies humaines », a écrit un internaute qui a affirmé avoir un proche qui travaillait au Bureau de sismologie. « Mon oncle m’avait appelé avant pour me dire qu’il y avait des signes annonciateurs d’un tremblement de terre mais que le Bureau ne les autorisait pas à divulguer l’information et qu’il insistait sur la nécessité d’assurer la stabilité du pays avant les Jeux Olympiques. »

Retour sur Tangshan

Le tremblement de terre dans le Sichuan est le plus meurtrier qui a frappé la Chine depuis juillet 1976 où un séisme a provoqué l’élévation de la ville de Tangshan par rapport au niveau de la mer, tuant entre 242 419 à 655 000 personnes.

Là encore des experts avaient relevé des signes annonciateurs d’un séisme. Parmi eux, Yang Youchen, un sismologue qui affirme avoir fait des prévisions sur l’arrivée du séisme en 1976. Yang a déclaré qu’il avait prévu qu’un grand séisme toucherait Tangshan en juillet ou août de la même année.

En mai, quelques mois avant le tremblement de terre, il a présenté son rapport lors d’une conférence organisée par l’association séismes en Chine, qui n’a pas pris sérieusement ses avertissements. Il a dit avoir parlé au Secrétaire du Parti communiste de Tangshan concertant la potentialité d’un séisme mais le député maire de la ville a répondu qu’il était trop tôt pour mettre la ville en alerte. Peu de temps après, Yang a été envoyé en « centre de rééducation » pour « réformer ses pensées ».

Un autre géologue, Ma Xirong, a alerté l’association séismes en Chine (ASC) quelques semaines avant la secousse à propos de fluctuations étranges qu’il avait remarqué sur les lecteurs de résistance électrique de la Terre. Il a également averti qu’un séisme qui pourrait provoquer des catastrophes allait arriver mais les responsables du ASC ont rejeté ce qu’il avançait.

À la lumière des avertissements répétés de la part des centres de surveillance géologique, des officiels en ont pris note et ont risqué leur carrière politique pour aider des gens à se préparer au tremblement de terre.

Wang Chengmin, un expert de l’ASC, a fait circuler des annonces sur l’imminence du tremblement de terre près de Tangshan et en a parlé également à un petit groupe d’officiels des régions environnantes. L’un d’entre eux, Wang Chunqing, a rapporté la nouvelle au district voisin de Qinglong, où les citoyens ont été avertis de l’arrivée de la catastrophe. Ces efforts, estimés par certains, ont pu sauver au moins 400 000 vies.

Suite au séisme de Tangshan, les dirigeants chinois ont refusé de reconnaître l’échelle du désastre ou d’accepter l’aide internationale, en étant déterminés à préserver l’image d’une Chine communiste utopique.

 
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