|
Amnesty International / 26.12.2007
Shi Tao, journaliste et poète, condamné, pour un e-mail à 10 ans de prison par les autorités chinoises avec la coopération de Yahoo !
« Face à une telle adversité, je ne ressens aucune honte, et je n’ai pas perdu ma confiance dans l’avenir ; ma foi et mes valeurs en sont renforcées, et cela me rend encore plus déterminé à rechercher une vie libre et heureuse. Si le dicton «l’adversité vaut de l’or» est vrai, alors je suis entouré de tant de richesses et de satisfaction, qui emplissent mon cœur d’une envie incroyable. » Extrait d’une déclaration de Shi Tao, pour sa défense durant le procès en appel
Shi Tao, journaliste et poète chinois, purge une peine de 10 ans d’emprisonnement, pour «divulgation illégale de secrets d’Etat à l’étranger».
Le 20 avril 2004, le Département central de la Propagande du Gouvernement chinois adresse un communiqué à l’ensemble des médias et organes de pouvoir, avertissant d’une possible agitation à la veille du 15ème anniversaire de la répression des manifestations de la place Tien an Men.
Le communiqué recommande de prévenir cette agitation par des mesures préventives : ordre est entre autres donné aux journalistes de «diriger correctement l’opinion publique», de ne jamais «faire écho d’opinions divergentes de la ligne officielle».
Shi Tao envoie alors un e-mail résumant ce communiqué officiel à un contact aux Etats-Unis, qui le publie sur un site appelant à la démocratie en Chine.
Shi Tao est arrêté le 24 novembre 2004, et maintenu en détention secrète jusqu’au 25 janvier 2005.
Le 11 mars, il est condamné à 10 ans de prison, condamnation confirmée en appel le 3 juin 2005.
Pendant les deux procès à huis clos, il ne peut bénéficier de l’assistance d’un avocat.
Pour Amnesty International Shi Tao est un prisonnier d’opinion
Depuis, détenu dans le Hunan, il est soumis à des contrôles très rigoureux, et souffrirait de problèmes respiratoires et d’inflammations de la peau dues à la poussière.
Sa famille est l’objet de harcèlement et d’une surveillance constante. Sa femme aurait subi des interrogatoires quotidiens et aurait été poussée par son unité de travail à divorcer de Shi Tao, ce qu’elle a finalement accepté.
L’arrestation de Shi Tao a été facilitée par l’entreprise Yahoo !, qui a retracé, à la demande des autorités chinoises, la provenance de l’e-mail envoyé par celui-ci, alors qu’elle savait le risque qu’il encourait.
Cette affaire souligne la collaboration de grands groupes comme Yahoo !, Google, ou Microsoft, dans la politique de surveillance et de censure d’internet mise en œuvre par les autorités chinoises.
Ces entreprises contreviennent de ce fait aux conventions internationales sur la liberté d’expression.
L’histoire de Shi Tao met aussi en lumière le contrôle accru des autorités chinoises sur les médias ces dernières années, en particulier sur internet, politique qui met sérieusement en doute leur engagement à assurer une «totale liberté de la presse» pendant les Jeux Olympiques de Pékin 2008.
En novembre 2006, l’Association Mondiale des Journaux a décerné la Plume d’or à Shi Tao, son prix annuel de la liberté de la presse.
Une première avancée
Shi Tao a été emprisonné pour un mail suite à la coopération active de Yahoo ! qui a retracé la provenance de l’e-mail à la demande des autorités chinoises.
Aux Etats-Unis, un procès était en cours qui visait à déterminer la responsabilité de l’entreprise dans l’emprisonnement de deux journalistes dissidents chinois, dont Shi Tao.
Le 13 novembre 2007, Yahoo ! et les avocats des deux dissidents ont annoncé avoir trouvé un accord.
Selon différents médias, Yahoo ! paierait les frais d’avocats des deux journalistes emprisonnés.
Yahoo ! a aussi déclaré qu’il «fournira une assistance financière, humanitaire, et légale aux familles».
Néanmoins, Shi Tao reste toujours emprisonné, et Amnesty International demande toujours sa libération.
Amnesty International demande par ailleurs à Yahoo ! d’appeler publiquement à la libération de Shi Tao et des autres personnes détenues pour avoir exprimé pacifiquement leurs opinions sur internet. |