|
Infosud, John Zarocostas / 4.04.2007
Expert indépendant sur la torture, l’autrichien Manfred Nowak presse les Etats d’interdire l’exportation d’instruments à double usage comme les matraques électriques ou les pistolets paralysants vers les Etats commettant de graves violations des droits humains.
Manfred Nowak a lancé un appel à l’interdiction des armes à double usage lors de la 4ème session du Conseil des droits de l’homme qui s’est achevée vendredi dernier. « Nous devons être extrêmement prudents avec le commerce d’instruments qui peuvent servir à la torture », souligne le rapporteur spécial de l’ONU. Manfred Nowak rappelle qu’en cas d’arrestation difficile ou d’émeute de prisonniers, les armes à décharge électriques sont normalement moins dangereuses pour la vie que les armes classiques. Avant d’ajouter que le bon usage de ces armes reste une question très discutée. Quoi qu’il en soit, leur exportation vers des pays qui pratiquent la torture implique que ses armes non-létales seront probablement utilisées lors d’interrogatoires, selon l’expert indépendant.
Un commerce florissant
De nombreux pays fabriquent des armes à décharge électrique. C’est le cas des Etats-Unis, de l’Allemagne, de la France, de Taiwan, de la Corée du Sud, de l’Afrique du Sud, d’Israël ou du Brésil, selon Amnesty International. L’ONG de défense des droits de l’homme a identifié 856 entreprises (dans 47 pays) actives dans la fabrication d’armes non-létales, beaucoup d’entre elles se transformant facilement en instrument de torture.
Amnesty international a également enquêté sur l’utilisation des décharges électriques comme torture dans des dizaines de pays. Une campagne menée avec Theo van Boden - le prédécesseur de Manfred Nowak - a ainsi servi de base en 2005 à une réglementation européenne sur les biens pouvant infliger des traitements cruels ou dégradants.
Mais Amnesty international reste préoccupé par les lacunes de ces mesures entrées en force en août 2006. Toute une série d’instruments à décharge électrique n’est en effet pas prise en compte, selon un récent rapport de l’ONG. « Pas moins de 150 sociétés dans 21 pays de l’Union européenne (UE) distribuent ou fournissent des matraques électriques et des pistolets incapacitants dans le monde entier, souvent sans les faire transiter par l’UE », relève également le rapport.
Manfred Nowak donne l’exemple de l’Allemagne qui impose des permis d’exportation pour de telles armes. « Mais les peines encourues en cas de fraude sont très clémentes », souligne l’expert.
Traduction de l’anglais : Frédéric Burnand
Voir en ligne: Le rapport d’Amnesty international |